Blanc sur blanc et verticales:
Je suis partie d'un de mes dessins qui représentent des sortes de tiges qui se tiennent à la verticale. J'ai alors répété cette forme jusqu'à l'abstraction. Dans un premier temps, j'ai utilisé de la peinture blanche sur du papier blanc. J'ajoute parfois du vernis pour faire briller la peinture et la faire apparaître à la lumière. Parfois il faut se déplacer pour voir apparaître les lignes. J'aime entretenir ce jeu avec le spectateur. Mais je pense aussi que moins l'on donne à voir et plus l'imagination se développe. Aussi, le blanc sur blanc renvoie à une forme d'épuration et je pense de suite au Carré blanc sur fond blanc de Malévitch. Je cherche à créer des accidents avec le papier. Avec la peinture, il se gondole, se froisse, se déchire et se plie en révélant toujours cette ligne verticale qui se répète.
Jeu, gravité et vibrations:
Par la suite, cette ligne est devenue une simple coulure. Toujours en utilisant du blanc sur blanc, je laisse couler la peinture sur le papier. Mais cette fois, je m'amuse à rejoindre les coulures entre elles avant d'atteindre le bas de la feuille. Je m'impose aussi des contraintes en réduisant, par exemple, le format de la feuille ou en rendant la peinture plus liquide ainsi le geste s'accélère. L'acte de peindre devient un jeu mais le résultat me captive car le papier se gondole et laisse apparaître des ombres. La peinture se met à vibrer. J'ai fait des tests avec de la peinture noire sur du papier blanc. Ce qui n'a pas du tout d'intérêt car le résultat est plat et s'éloigne de mes attentes. On voit plus l'esthétique d'une coulure qu'une vibration. Le noir sur noir dégage aussi cette vibration. Le peintre Pierre Soulages a beaucoup travaillé sur le noir qui dégage, selon lui, un certain pouvoir: «Un jour le noir avait recouvert presque toute la toile, il n'y avait plus de peinture en quelque sorte, plus de blancs ni de couleurs vivants du contraste, mais dans cet excès, j'ai vu naître la négation du noir: les différences de matières, de textures créaient des valeurs et des couleurs particulières, une qualité de lumière et d'espace qui excitait mon désir de peindre». Il est considéré comme un «constructiviste de la lumière dans les passages de ton et vibrations d'atmosphère qui caresse les volumes». Il s'approprie la lumière et est souvent comparé à Cézanne. Mon travail se rapproche plus de celui des expressionnistes abstraits que de celui des minimalistes car, pour ces derniers, il n'y a pas de sentiments. On voit ce que l'on doit voir. J'aime le travail de Rothko, de Barnett Newman ou d' Ad Reinhardt. Je me sens proche du peintre Agnès Martin. Dans ses écrits, elle nous parle d'inspiration et de spiritualité. L'artiste est toujours à la recherche de la perfection dans son travail aux travers de lignes horizontales «Quand je dessine des horizontales, tu vois ce grand plan et tu ressens certaines choses comme de planer au dessus du plan.»
Bref retour au corps:
J'ai eu envie, par la suite, de mélanger le blanc à la couleur en peignant, par exemple, des corps au travers des coulures. Je me suis imposée d'autres contraintes: il fallait subir la gravité tout en essayant de reproduire ce corps. Mais il me fallait réunir toutes les coulures avant d'atteindre le bas de la feuille. Après avoir fait la forme du corps, je peins ombres et lumières. Bizarrement, le corps semble être en lévitation et devient un esprit. Je trouve intéressant cette contradiction entre gravité et lévitation. Mais surtout, j'ai voulu travailler sur la contradiction entre l'organique et le géométrique ou la contradiction entre la chair, le corporel et le blanc, la verticale.
Le mouvement du support et la peinture:
J'aime créer des accidents dans la peinture et m'amuser avec le support. J'aimerais que le support se détache de plus en plus du mur. Ainsi je m'amuse à créer des formes avec le papier pour compliquer le jeu et l'orientation de la coulure. Je ne cloue pas le bas de la feuille pour laisser le papier se gondoler librement. Plusieurs questions vont orienter mes recherches. Qu'est-ce qui doit être vu en premier? Le papier ou la peinture? Est-ce un tout? Peut-on les faire dialoguer? Faut-il rechercher une entente harmonieuse entre les deux? Est-ce que le papier ne pourrait-il pas se détacher complètement du mur?. J'ai commencé à faire quelques recherches. Je me suis amusée à découper de fines bandes de papier. Je les ai cloué par le haut. Ensuite, j'ai fait couler de la peinture blanche sur le papier. Il se gondole mais comme le papier ondule déjà, la coulure est en retrait. La forme et le mouvement du papier prennent le dessus. L'artiste Jeanne Opgenhaffen m'inspire beaucoup. Elle travaille la céramique et la peinture. Ses oeuvres se présentent comme des peintures, accrochées au mur et de format carré. L'une d'entre elle, Breeze, est faite de pétales blancs en céramique et forment un mouvement. On a l'impression qu'il s'agit de papier, d'un matériaux fragile. Je vais continuer mon travail en variant les supports, les différentes teintes de blancs et en réfléchissant sur l'espace sans oublier que la lumière est un élément essentiel dans mon travail. Ce qui est intéressant dans ces deux photographies, c'est qu'il s'agit du même travail photographié avec et sans flash. Sur la deuxième photographie, on ne voit plus vraiment le mouvement du papier. On n'arrive plus vraiment à distinguer le papier du mur. Les pleins et les vides laissés par le papier sont tous deux intéressants.
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
